vendredi 23 juillet 2010

«Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel. C'est l'instinct de conservation qui apprend à être hâtif, léger et faux.» - Friedrich Nietzsche

Petite, j'ai toujours pensé qu'une fois adulte, j'évoluerai dans un monde où l'apparence n'est pas primordiale. Aujourd'hui, je suis dans l'obligation de reconnaître que je m'étais trompée. C'était naïf, pueril, stupide. Le monde aime les apparences, les fabrique avec minutie, et les entretient jalousement.
Mais qu'est-ce que mon apparence ? Que vaut-elle au fond ?
Prenons cette robe : longue, au décolleté prometteur, à la coupe sensuelle et aux couleurs chaleureuses... Elle  est superbe, aucun doute là-dessus. Et après ? Posée sur un cintre, le scénario n'ira pas plus loin. Le potentiel est là, mais il n'est pas exploité. Il y a un vide, c'est incomplet. Il manque les gestes doux et la démarche souple de la femme qui s'y glissera, laissant son parfum envelopper le tissu et ses cheveux retomber le long des bretelles...
Sans elle, aucune magie n'est présente, aucun désir n'est possible...

Je suis cette robe. Certainement pas une robe de bal, mais une jolie robe quand même.
Beaucoup me contemplent et me veulent, mais pas de la bonne manière.

La femme, c'est moi. Ou plutôt le moi que je cache.  Ils veulent la robe, mais m'oublient au passage. Ce que je suis reste en arrière, l'important c'est l'image que j'offre. Souvent, ça me convient ; le moi reste à l'abri, emmuré, inviolable. J'apprécie l'aspect superficiel lorsqu'il entraîne un peu de répit personnel.
D'autres fois pourtant, la frivolité laisse place à l'agacement, la tranquillité se change en solitude... Alors j'essaie de me dévoiler, d'afficher un peu de fragilité, laisser s'échapper quelques confidences, tenter de faire de nouveau confiance... Ce n'est pas chose facile, mais j'ai comme l'impression que tous ces efforts me sont aujourd'hui nécessaires. Je ne tient pas à m'oublier à mon tour.

Alors je retrouve ce détestable sentiment de vulnérabilité, cette maladresse, ces sensations que j'avais tout simplement banni, ces espoirs naissants que j'avais appris à étouffer. Je les retrouve comme on retrouve de vieux amis après une époque de conflits, avec dans l'air cette nostalgie mêlée de regrets, de doutes, mais aussi de légèreté... Mon moi sera plus affirmé, mon apparence moins apprêtée. Une femme qui veut s'assumer, dans une robe moins délicate...

Malgré tout je conserverai une certaine méfiance, histoire de limiter les risques de nouvelles déceptions...
Je crois qu'en réalité, me contrôler est un défi que je souhaite absolument relever.